
Après le succès fulgurant de son premier album, Théo Charaf poursuit son chemin avec un blues habité, nourri par la scène et une écriture toujours plus personnelle. Présent au Salaise Blues Festival, où il a notamment accompagné un groupe du conservatoire toute la semaine et animé une masterclass, il était l’un de nos invités pour une émission spéciale enregistrée en public à la médiathèque Elsa Triolet. Dans cet entretien, il évoque son rapport à la musique, la transmission, ses influences et surtout son nouveau disque en préparation et annoncé pour septembre.
Tu as été très présent sur le festival cette semaine, notamment avec un groupe du conservatoire. Comment ça s’est passé ?
On a accompagné un groupe du conservatoire toute la semaine, ils ont joué en première partie hier soir. C’était cool, c’était intéressant. Je n’avais jamais vraiment fait ça comme ça. Quand on m’a appellé pour faire une masterclass, je t’avoue que je ne me suis pas senti immédiatement concerné ! Mais en fait c’était très bien, j’ai appris des choses en apprenant aux autres.
Quand on parle de transmission, je me souviens d’un échange qu’on avait eu. Tu m’avais dit qu’un jeune garçon de 12 ans t’avait posé la question suivante : faut-il être triste pour produire une musique triste ? Est-ce que tu te souviens de cette question ?
Oui, complètement. À l’époque, j’avais répondu que c’était une très bonne question. Il y a un poème qui dit que les chants les plus tristes sont les plus beaux, et je pense que c’est vrai. Mais je n’ai pas envie d’être triste toute ma vie. J’ai envie d’avancer. Aujourd’hui, je ne suis plus dans cet état en permanence, et c’est aussi pour ça que je galère à écrire un deuxième album… même s’il va sortir à la rentrée.
Tu peux nous en dire un peu plus ?
Oui, carrément. J’ai écrit des choses, mais c’est très différent. Il n’y a plus cette forme rock’n’roll couplet-refrain, c’est beaucoup plus planant, éthéré, plus folk. Il y a plus d’instruments aussi, de l’alto, pas mal d’invités. Ça correspond plus à ce que je fais sur scène aujourd’hui : inviter des copains et faire une sorte de gombo lyonnais.
« Être tout seul tout le temps, ce n’est pas super funky »
On t’avait vu d’ailleurs, quand tu dis inviter plein de copains, je pense à Raoul Vignal… On sent qu’après un album solo, tu es allé chercher la compagnie, les rencontres, les collaborations, non ?
Oui. Je viens du punk rock, des tournées en camion où on est tous entassés les uns sur les autres. Être tout seul tout le temps, ce n’est pas super funky. Et comme le dit très bien Raoul Vignal, l’isolement nourrit les pensées qu’on porte.
Donc retrouver du monde sur la route et sur scène, ça me nourrit énormément.
Ce soir tu seras au Salaise Blues Festival. Quel type de concert tu vas proposer ?
Carrément tout seul ! (rires) Mais je prépare la suite. On a notamment une date à Cognac Blues Passions avec un groupe électrique, Low Parade. Ce sera la première fois que ce projet sera porté par un vrai groupe électrique.
Ce deuxième album a été dur à accoucher, mais la suite, elle est clairement… Crazy Horse.
Tu reprends une comparaison qu’on fait souvent … Neil Young, c’est toujours une référence importante pour toi ?
C’est la référence. Je ne m’attendais pas à ce qu’on me la colle à chaque fois que je sors de chez moi, mais oui. C’est mon groupe préféré. Et c’est vrai qu’il y a ce côté acoustique / électrique, comme avec Crazy Horse.

Tu as dans ton jeu des influences comme Mississippi John Hurt ou Skip James, un blues assez dépouillé, presque hors du temps…
Oui, et en même temps c’est une musique qui parle encore aujourd’hui. Quand on en parle, pas forcément. Mais quand on la joue, oui. Il y a plein de gens qui sont réceptifs à cette musique sans le savoir. L’important, c’est de parler avec le cœur.
Moi, j’ai l’habitude de dire que je suis un bluesman, un folk singer, mais que je fais tout comme un punk, avec une technique franchement relative, mais avec le cœur à peu près à la bonne place. Et c’est ça qui parle aux gens.
Tu as aussi participé au tribute à Calvin Russell orchestré par Manu Lanvin. Quel souvenir tu en gardes ?
C’est très compliqué de résumer, parce que ça m’a apporté énormément. Mais s’il faut en garder un, c’est ma rencontre avec Beverly Jo Scott à Jazz à Vienne.
Une entrée en matière assez mémorable… et surtout un moment incroyable quand elle est montée sur scène. Elle disait qu’elle avait la gorge sèche, et elle a littéralement retourné tout le monde.
C’était fou. C’était une très belle bande de musiciens et d’êtres humains. On s’est vraiment bien marré.
« Calvin Russell était un looser magnifique »
Qu’est-ce que t’a apporté la musique de Calvin Russell ?
C’est une musique qui touche l’âme. Et c’est un langage qui, comme le mien, n’a pas besoin d’une technique incroyable pour toucher. Quand j’ai replongé dans toute sa discographie, j’ai découvert plein de choses. Il y a des productions qui ont vieilli, mais les textes… il suffit de les lire pour être touché. C’était un looser magnifique.
La musique, tu l’écoutes comment aujourd’hui ?
Rien d’autre que des vinyles. Si je pouvais, j’aurais aussi un lecteur CD, mais pour l’instant je suis full vinyle. Et je les entasse comme un salopard, mais ça résiste bien. Le vinyle, c’est le passé et le futur.
Et en ce moment, qu’est-ce qu’il y a en haut de ta pile ?
Des compilations de gospel a cappella du début du XXe siècle, avec des groupes comme les Jubalaires. C’est complètement fou. Très religieux, très intense… moi qui suis très proche de la religion (rires). J’écoute ça en boucle, et je pense que ça peut rendre un peu fou les gens qui passent chez moi.
On retrouvera ces influences sur ton prochain disque ?
Oui, complètement. Ce disque, c’est une photographie de là où j’en suis aujourd’hui : plein de doutes, plein de copains, une voix un peu fracassée par les tournées… mais c’est comme ça. Et j’ai très envie de faire la suite.
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Blues Actu Live #01 : Salaise Blues Festival – Au micro de Blues Actu Radio
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